17 juin 2022

Forum d’Examen des Migrations Internationales 2022 : une victoire du multilatéralisme toute relative

Le Secours Catholique-Caritas France participe activement aux négociations des Nations Unies pour faire en sorte que les Etats adoptent des textes qui protègent les droits des personnes migrantes, trop souvent bafoués. Il a été présent à New York du 17 au 20 mai 2022, pour contribuer au Forum international d’examen des migrations. C’était le premier rendez-vous des Etats membres des Nations Unies depuis la signature du Pacte Mondial Migrations en 2018. 

Ce Pacte est également connu sous le nom de Pacte de Marrakech, car il y a été adopté en décembre 2018. Il contient 23 objectifs, chacun accompagné de mesures concrètes sur lesquelles s’engagent les États signataires, dont la France. C’est un document non contraignant. Sa mise en œuvre dépend donc de la volonté politique des Etats signataires.

Est-ce que les Etats ont fait preuve d’une volonté politique à la hauteur des besoins rencontrés par les personnes migrantes aujourd’hui ? Pas tous, pas assez. Certains États ont défendu leur souveraineté nationale pour justifier une politique de fermeture de frontières et de lutte contre l’immigration irrégulière, au détriment du respect des droits humains. D’autres ont tenu des discours pleins de bonnes intentions mais sans engagement concret. Des États progressistes sont allés plus loin, avec des mesures concrètes pour garantir l’accès aux services de base à toute personne migrante indépendamment du statut migratoire, pour mettre fin à la détention des enfants étrangers, ou encore pour garantir une protection aux personnes qui migrent dans le contexte du changement climatique, entre autres.

Durant les quatre jours du Forum, les prises de parole des Etats et autres acteurs se sont succédé, sans véritable confrontation ni dialogue, et sans qu’un exercice sérieux de redevabilité sur la mise en œuvre du Pacte mondial migrations n’ait été mené. 

Les passes d’armes entre les Etats, divisés par plusieurs conflits, ont été nombreux. Cependant, cette tension géopolitique n’a pas empêché l’adoption d’une déclaration finale qui est positive à plusieurs égards. Cette déclaration réaffirme des engagements en faveur de la promotion et la protection des droits humains et des libertés fondamentales de toutes les personnes migrantes, quel que soit leur statut migratoire. Elle reconnaît le rôle positif des migrants, qui enrichissent les sociétés par leurs capacités humaines, socio-économiques et culturelles. Elle contient également des mesures concrètes pour contribuer à éliminer le racisme et les discriminations.

L’adoption de cette déclaration est en soi une victoire du multilatéralisme. Elle a été adoptée dans un contexte mondial de crise de l’accueil des migrants, de violations des droits fondamentaux, de stigmatisation, de durcissement des frontières et d’externalisation du contrôle des migrations, que le Secours-Catholique constate sur le terrain. Si les Etats ont réussi à s’accorder sur ce texte progressiste, beaucoup se sont pourtant aussitôt désolidarisés de celui-ci, en insistant sur la suprématie des priorités nationales. D’ailleurs, force est de constater que le Pacte mondial migrations est souvent instrumentalisé comme un moyen de justifier la politique migratoire que chaque État souhaite de toute manière appliquer. 

Pour que cette victoire du multilatéralisme obtenue à New York en soit véritablement une, il faut que les engagements passent du papier au terrain, et que les Etats incarnent véritablement cette gouvernance mondiale des migrations. C’est la seule réponse pertinente face à un phénomène intrinsèquement global, qui nécessite des réponses coordonnées dans un esprit de solidarité et depuis une approche basée sur les droits humains. 

La déclaration adoptée à New York, ainsi que le Pacte mondial migrations, peuvent être des outils utiles pour ceux et celles qui sont engagés auprès des personnes migrantes. Le rôle de la société civile est de demander des comptes aux Etats, et d’exiger la mise en cohérence des politiques mises en œuvre avec les engagements pris pour la défense des droits des personnes migrantes. 

Pour aller plus loin:

Le projet de Déclaration finale est disponible ici.

La Déclaration adoptée est à retrouver parmi les documents de la 76ème session de l’Assemblée générale, sous le code A/76/L.58n suivant ce lien.

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