15 décembre 2019

COP25: Vers un abandon des populations?

« La COP25 se termine à Madrid au termes de longues heures de tractation, avec un résultat qui montre un dédain envers les populations les plus vulnérables et la planète, » déclare Sara Lickel du Secours catholique – Caritas France. Les conflits d’intérêts cristallisés dans les blocages répétés de l’Australie, du Brésil, de l’Arabie Saoudite ou des Etats-Unies montrent bien l’absence d’esprit de transformation aujourd’hui. La science est claire, les réponses politiques -connues- demandent du courage: sortir des fossiles et des fertilisants de synthèse pour recréer des sociétés résilientes et peu émettrices. Les gouvernements, en particulier ceux de l’Union Européenne ont un an pour démontrer qu’ils ont ce courage et ne mettent pas consciemment en péril la planète et ses habitants. L’année 2020 doit être celle où les Etats reviennent avec des engagements plus ambitieux, tels que prévus par l’Accord de Paris. Le Secours catholique – Caritas France attend l’Europe et la France sur ces échéances: échouer serait un abandon aux conséquences climatiques dramatiques. Nous n’avons pas le temps d’attendre.

« 2019 a été marquée par ces drames humains et environnementaux : des ouragans meurtriers dans le Pacifique, des canicules record en Europe, un cyclone et des inondations au Mozambique, et des feux de forêts au Brésil, en Australie, et aux Etats-Unis.  A chaque fois, ce sont des morts, des personnes qui perdent leurs lieux de vie, leurs moyens de subsistance. Ces tragédies s’accentuent année après année. C’est ce qui résonne après le coup de marteau final d’une COP interminable aux résultats décevants,« regrette Sara Lickel, chargée de plaidoyer pour le Secours catholique – Caritas France.

Le Secours catholique – Caritas France appelle à réinvestir politiquement cet espace. La France a été particulièrement effacée pendant cette session, sans représentation ministérielle sur les négociations les plus cruciales. Il faut que l’Union Européenne montre l’exemple en s’engageant sur un objectif de réduction de ses émissions de -65% dès 2030. Car la crise climatique est une injustice climatique et sociale. Les Etats les plus vulnérables et les plus pauvres en sont les moins responsables et ont le plus besoin de financements. Pour les rassurer, il faut un signal fort en termes de financements et d’engagements. Cela est également absolument nécessaire pour envoyer un signal aux autres pays pollueurs et enclencher une dynamique positive de relève des engagements. Car cette crise globale ne pourra être réglée qu’à l’échelle internationale et, lors de cette COP, les Etats ont échoué à répondre à ce défi, qui est un des plus grands que l’humanité ait connu. Ils ont 2020 pour se rattraper et produire  des engagements réhaussés bien en amont de la COP26 à Glasgow, conformément à ce qui a été signé à Paris lors de la COP21.

 

Prolongation des discussions sur les marchés carbone

La discussion autour des marchés carbones a été bloquée tout au long de la session, et ne parvient aujourd’hui à définir des règles de fonctionnement, prolongeant encore l’accord à l’année prochaine. Les pressions venant de l’Australie, du Brésil et de l’Arabie Saoudite pour créer un mécanisme dangereux pour la planète et pour les populations ont été fortes, mais l’Union Européenne ou les petits Etats insulaires ont su tenir ferme sur leurs principes. 

Le risque est de créer des marchés carbone qui, en fin de compte, émettent plus d’émissions qu’ils n’en réduisent, avec des règles de comptage permettant de tricher sur les déclarations d’émissions. “Vu l’urgence climatique, et alors que l’usage de ces marchés est une folie au vu du budget carbone restant, c’est tout simplement une absurdité et un mépris des populations et de la planète d’avoir cette discussion-même.” déclare Sara Lickel du SCCF. Les Etats bloquants se sont aussi fortement opposés à la définition de critères garantissant la protection des populations face aux impacts négatifs des projets octroyant des crédits carbones. En sommes, les risques étaient très importants, tant en termes d’émissions qu’en termes humains. En effet, de nombreux projets de barrages présentés sous le Protocole de Kyoto ont conduit à des déplacements de population, des répression violentes, et, au Panama, 3 morts. « Face à ces difficultés, l’Union Européenne a su garder la tête haute. En refusant d’affaiblir nos objectifs climatiques et l’intégrité environnementale de l’Accord de Paris, les pays qui ont préféré prolonger les discussions pour aboutir à des règles plus robustes ont fait preuve de bon sens. Ils nous permettent d’espérer que ces marchés carbone soient suffisamment encadrés pour ne pas compromettre la possibilité de rester sous 1.5°C, et surtout ne pas créer un mécanisme qui permette de bafouer les droits humains au nom de l’Accord de Paris. Ces marchés entraînent aussi une dynamique de marchandisation de la nature qui est inadmissble: pour cela, le secteur des terres (forêts et agriculture) doit en être exclu» ajoute Sara Lickel.

 

Contact presse: Christelle Bresin, 06 71 00 69 73

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