10 juillet 2015

Au-delà du droit : des rapports de forces

Togo – Région de Dapaong : puits de Namongue, nouvellement construit par La Jarc, partenaire du SC.

©: Elodie Perriot / Secours Catholique Togo – Région de Dapaong : puits de Namongue, nouvellement construit par La Jarc, partenaire du SC.

La pauvreté est la première cause de la faim dans le monde. D’où l’attention de l’Encyclique aux questions d’accès à l’alimentation (« une grande pénurie d’eau provoquera l’augmentation du coût des aliments », §31 p.26) et aux zones paupérisées de notre monde, rurales en premier lieu, « où les services essentiels n’arrivent pas, et où se trouvent des travailleurs réduits à des situations d’esclavage, sans droits ni perspectives d’une vie plus digne ». (§154, p.119)

De fait, les trois quart des quelques 800 millions de femmes, d’hommes et d’enfants souffrant de la faim vivent dans des zones rurales. Comme le souligne l’Encyclique : « Beaucoup de pauvres vivent dans des endroits particulièrement affectés par des phénomènes liés au réchauffement, et leurs moyens de subsistance dépendent fortement des réserves naturelles et des services de l’écosystème, comme l’agriculture, la pêche et les ressources forestières. » (§25, pp.22-23)

En outre, la faim s’explique très souvent par des relations de pouvoir inégales qui désavantagent les groupes les plus vulnérables de la société. En tant que représentants des populations et de l’intérêt général, il revient aux Etats de lutter efficacement contre la faim en respectant et mettant en œuvre des droits humains qu’ils ont reconnus et auxquels ils se sont engagés en droit international. Dans cette relation débiteur/créancier1 entre l’Etat et les populations, le pape François appelle la société civile dans son ensemble à participer activement à la construction d’un monde moins inégalitaire :

« Étant donné que le droit se montre parfois insuffisant en raison de la corruption, il faut que la décision politique soit incitée par la pression de la population. La société, à travers des organismes non gouvernementaux et des associations intermédiaires, doit obliger les gouvernements à développer des normes, des procédures et des contrôles plus rigoureux. Si les citoyens ne contrôlent pas le pouvoir politique – national, régional et municipal – un contrôle des dommages sur l’environnement n’est pas possible non plus. » (§179, pp.138-139)

Une autre manière de dire pour le pape François que « la démocratie et la diversité peuvent remettre sur pied les systèmes alimentaires défaillants2 », comme Olivier de Schutter le soulignait dans l’un de ses derniers communiqués de presse comme rapporteur spécial des nations Unies sur le Droit à l’alimentation.

Jean Vettraino, avec la collaboration d’Anaïs Saint-Gal (Terre des Hommes)

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1 L’Etat est débiteur d’obligations : il s’est engagé en droit international à respecter, protéger et mettre en œuvre les droits humains. Les citoyens sont créanciers : détenteurs de droits de l’Homme ils peuvent revendiquer leur respect par leur Etat.

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